Les issues de la vie

G. André

[Feuille aux jeunes n° 98]

« Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie »

Prov. 4, 23

Jeune homme, héritier du trône d’Israël, Salomon se trouvait dans une situation bien particulière. Son père, malgré ses défaillances, avait suivi l’Éternel de tout son cœur, « en vérité, en justice et en droiture ». David restait comme un modèle pour tous ceux qui viendraient après lui : leurs voies sont mises en regard des siennes tout au long des livre des Rois et des Chroniques.

Et maintenant, il n’était plus ; qu’allait faire le jeune Salomon ? Il « aimait l’Éternel », nous est-il dit, « seulement il offrait des sacrifices et faisait fumer l’encens sur les hauts lieux » (1 Rois 3, 3). Son cœur était, dirions-nous, dans la bonne direction, mais combien il avait à apprendre !

La royauté mise à part, n’y a-t-il pas une analogie frappante entre Salomon et les jeunes croyants de nos jours ? La plupart d’entre nous ont eu — dans la famille ou spirituellement — des pères qui ont marché dans le chemin du Seigneur, des conducteurs qui nous ont « annoncé la Parole de Dieu ». La plupart ont été maintenant recueillis dans le repos. Que va faire la génération qui les suit ? Marchera-t-elle dans les traces laissées, consciente de sa responsabilité accrue de tout ce qu’elle a reçu par le ministère et l’exemple de ceux qui ne sont plus ?

Qu’il y ait de l’amour pour le Seigneur, c’est certain. Mais Dieu ajouterait-Il un « seulement » ?

L’Éternel savait ce qu’il en était de Son jeune serviteur et, dans le silence de la nuit, à Gabaon, Il se présente à lui et lui présente Sa grâce : « Demande ce que tu veux que je te donne ». Conscient de la tâche immense qui est devant lui, des conséquences que son exemple et sa marche auront pour le peuple de Dieu, Salomon, simplement, humblement, demande à son Dieu « un cœur qui écoute ».

Parlant d’un plus grand que lui-même, le prophète dira plus tard : « Le Seigneur… me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute » (És. 50, 4). Et à l’aube des journées de Sa vie terrestre, nous voyons le Seigneur Jésus aller, en effet, seul à l’écart pour prier, pour écouter. Moments de communion personnelle et intime, que rien ne remplace, moments où le cœur écoute ce que Dieu veut dire. « Donne à ton serviteur un cœur qui écoute », demande Salomon. Et la voix divine répond : « Voici, je t’ai donné un cœur sage ». Salomon a « cherché premièrement le royaume de Dieu » : toutes choses lui sont données par-dessus. « L’Éternel donne la sagesse », écrira-t-il plus tard (Prov. 2, 6), mais Il la donne à celui qui écoute.

Ainsi le cœur du jeune roi sera formé pour Dieu ; « large comme le sable qui est sur le bord de la mer », il pourra embrasser tout son peuple, être un instrument de paix et de justice ; il bâtira la maison « appelée de son nom » ; sa sagesse attirera des âmes « des bouts de la terre ».

Mais tout d’abord, quel fut l’effet sur Salomon de la nuit de Gabaon ? « Il vint à Jérusalem et se tint devant l’arche » (1 Rois 3, 15). Avant que son « cœur écoute », il allait sur les hauts lieux offrir l’encens ; maintenant, il a compris qu’il y a un seul centre de rassemblement pour le peuple de Dieu : Celui que l’arche représente, Christ Lui-même ; il y a un lieu, tel Jérusalem, celui où Il a mis « la mémoire de son nom » (Matt. 18, 20). C’est là que dorénavant Salomon offrira des holocaustes et des sacrifices de prospérité ; c’est là qu’il donnera la nourriture, « un festin à tous ses serviteurs ».


« Ses femmes détournèrent son cœur »

1 Rois 11, 3, 4

Vingt-cinq ou trente ans ont passé depuis la nuit de Gabaon. Salomon a achevé la maison de l’Éternel. Inspiré par l’Esprit de Dieu, il a consigné dans trois livres de Sa Parole cette sagesse qui lui avait été donnée. Toute la terre a recherché sa face et ses conseils. Et maintenant, quel tableau ! Le cœur qui écoutait, le cœur qui s’attachait à l’Éternel, s’est détourné. Un autre amour s’y est glissé, subtil, sournois, l’amour pour « l’étrangère », l’amour du monde. Il avait écrit, parlant pour Dieu : « Mon fils, donne-moi ton cœur » (Prov. 23, 26). À qui l’avait-il donné « au temps de sa vieillesse » ? David avait pu pécher, gravement, douloureusement ; mais, malgré tout, son cœur restait attaché à Dieu, et dès qu’il se rend compte de sa faute, il peut dire : « Contre toi seul, j’ai péché… Purifie-moi… Rends-moi la joie… » (Ps. 51). Rien de tel chez Salomon. Dieu lui parle (v. 11) ; Il exerce la discipline et suscite l’adversaire ; mais Salomon ne revient pas ; il ne reconnaît pas son péché, il ne se courbe pas sous la main qui le frappe. Pourquoi ? Parce que son cœur (expression six fois répétée en 1 Rois 11) avait été pris. Il s’est détourné, non pas une fois, ni deux fois, non dans une chute accidentelle, mais foncièrement ; pas en un jour, mais petit à petit : des Moabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidoniennes, des Héthiennes. Puis viennent les idoles : Ashtoreth ; Milcom, l’abomination des Ammonites ; Kemosh, l’abomination de Moab ; Moloc, l’abomination des fils d’Ammon.

Le règne de paix est troublé. Il y a « de la colère », des « adversaires ». Roboam et « les jeunes gens qui avaient grandi avec lui », ne respirent plus l’atmosphère de la grâce et de l’humilité qu’avait apportées David à Jérusalem. Ils deviendront intransigeants, autoritaires, et seront les instruments de la division du peuple de Dieu (1 Rois 12), telle que l’annonce déjà Akhija le Silonite.

« Les issues de la vie » ! Vie courte, vie brève, mais dont Dieu enregistre les actes, « les premiers et les derniers » (2 Chron. 9, 29). Le cœur s’est-il détourné ? L’issue est sombre. Mais si, par la grâce de Dieu, on a « retenu ferme jusqu’au bout le commencement de son assurance » (Héb. 3, 14), si la foi est restée attachée à son objet, « l’issue de la conduite » reste un exemple (13, 7), une joie, une bénédiction.

« Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde ».