Argent et dette

(Traduit de l’anglais)
C.H. Mackintosh

[Courts articles 91]

Nous avons lu votre lettre avec un grand intérêt, et nous pouvons entrer dans vos sentiments. Nous croyons que le chrétien est tenu de pourvoir aux besoins de sa famille, jour après jour — tenu d’élever ses enfants et de les mettre en mesure de gagner honnêtement leur subsistance. Tout cela est si clairement recommandé dans le Nouveau Testament, que cela n’admet aucune question. Mais ces devoirs sacrés laissent totalement de côté la question de faire des réserves et de spéculer. Nous ne croyons pas du tout à ces dernières manières de faire. Nous croyons que faire des réserves couvre l’âme de rouille, et que la spéculation remplit le cœur et l’esprit de soucis et d’anxiété.

Nous aimons et nous honorons un labeur diligent et honnête ; mais l’Écriture nous dit que « c’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent », et nous ne pensons pas que la bénédiction de Dieu repose sur Ses enfants, quand ils deviennent actionnaires dans les entreprises du monde. Vous-même, cher ami, l’avez démontré. Nous pensons que vous auriez mieux fait si vous aviez acheté une maison, soit pour y vivre, soit pour la louer, plutôt que d’investir votre argent dans une société telle que vous la décrivez. Mais toutes ces choses doivent se régler entre le Seigneur et la conscience de chacun. Nous ajoutons simplement qu’il y a une immense différence entre commettre un péché effectif et ne pas atteindre une vie de disciple d’un haut degré ou manquer de dévouement personnel. Pour nous-mêmes, nous aspirons vivement à ces derniers. Nous estimons qu’il y a de nos jours un triste manquement en cela.

La marée de la mondanité arrive rapidement sur nous, et nous ne connaissons pas de barrière plus efficace pour y résister, qu’un dévouement de cœur complet et une consécration à Christ et à Sa cause. Là où la véritable inclination de l’âme est vers Christ, on n’est pas troublé par des questions quant au bien ou au mal de ceci ou cela ; mais là où elle est absente, le cœur peut trouver un millier d’arguments plausibles. Et c’est peine perdue que de chercher à répondre à de tels arguments, car il n’y a pas de capacité spirituelle pour saisir la force de la réponse. Que Dieu vous bénisse, cher ami, et console votre cœur devant votre lourde perte. Que votre confiance absolue soit en Lui, et Il se montrera meilleur que dix mille « sociétés à responsabilité limitée ».

Nous ne voyons rien de mal à ce qu’un chrétien demande, d’une manière convenable, une avance sur salaire, pourvu qu’elle ne soit pas le fruit de la convoitise, mais simplement pour le soutien de sa famille. Mais nous ne pouvons pas tenter de le poser comme règle. Cela dépendra beaucoup de la circonstance liée au cas.

Nous avons depuis longtemps l’habitude d’expliquer Luc 16, 9 par 1 Timothée 6, 17 à 19. Nous le considérons comme un très bon commentaire du passage. Les richesses de ce monde ne sont pas ce qui nous appartient proprement, comme chrétiens. Nos richesses sont célestes ; nos bénédictions sont spirituelles, dans les cieux, en et avec Christ. Les richesses de ce monde appartiennent au Juif de façon appropriée, mais pour le chrétien, elles sont le mammon de l’injustice, ou des richesses qui ne se rattachent pas proprement à nous. Mais si, à notre conversion, il se trouve que nous possédons de telles richesses, Luc 16, 9 nous enseigne à nous faire des amis avec elles, en les dépensant au service du Seigneur et pour les pauvres, amassant ainsi un bon fondement pour l’avenir.

L’expression « afin que vous soyez reçus » est idiomatique, et peut être rendue ainsi : « afin qu’elles soient le moyen de vous recevoir ». C’est la bonne manière de faire usage des richesses, le meilleur moyen d’investir un capital. Il produira au centuple, et où est la banque qui peut s’en approcher ? Beaucoup de ceux qui appartiennent à Dieu ont dernièrement été appelés à goûter le fruit amer de la recherche de ce qu’ils considéraient comme des investissements profitables. On peut se demander si l’énorme faillite de banques et de sociétés anonymes n’a pas été le résultat d’une opération de Dieu envers Ses enfants qui étaient en lien avec elles. La meilleure chose que nous puissions faire avec notre argent est de le dépenser pour le Seigneur. Alors, au lieu d’avoir de la rouille sur nos âmes, il y aura un trésor dans le ciel. Mais nous devons nous souvenir que Luc 16, 9 et 1 Timothée 6, 17 à 19 sont adressés à des disciples, et non aux inconvertis. Si l’on perd cela de vue, nous ne ferons que jeter de la poudre aux yeux des hommes en les amenant à supposer que le don de Dieu peut être acheté avec de l’argent. À quelqu’un qui pensait cela autrefois, Pierre dit : « Que ton argent périsse avec toi ».

Nous prenons Romains 13, 8 dans son sens clair et large. Nous croyons qu’il nous enseigne à ne devoir rien à personne. Dieu veuille que cela soit plus pleinement réalisé ! Il est extrêmement douloureux de constater le triste manque de conscience parmi les professants pour ce qui concerne les dettes. Nous voulons solennellement demander à tous ceux qui ont l’habitude de contracter des dettes, de se juger eux-mêmes à cet égard, et de sortir immédiatement d’une fausse position. Il vaut bien mieux s’asseoir devant une croûte sèche et revêtir un manteau élimé, que bien vivre et se vêtir bien aux dépens de notre voisin. Nous considérons cela comme une iniquité positive. Oh ! que nous ayons un esprit droit !

La première grande affaire d’une personne dans les dettes est d’en sortir. Nous devons être justes avant d’être généreux.