Les affaires

(Traduit de l’anglais)
C.H. Mackintosh

[Courts articles 90]

Quelqu’un qui met du carton dans les chaussures et les vend pour du cuir est indigne du nom de chrétien ; de fait, il n’est pas même un homme honnête. On pourrait nous dire : « C’est l’habitude dans les affaires ». Eh bien, en quoi cela change-t-il quelque chose, pour quelqu’un qui désire marcher dans la crainte de Dieu et garder une bonne conscience ? C’est peut-être l’habitude des affaires de mettre du fil de moindre qualité dans les habits, et d’ajouter de l’eau dans le lait. Mais un chrétien, ou même un honnête homme, peut-il faire de telles choses ? Très certainement non. La conscience d’un chrétien doit être dirigée, non par la coutume des affaires, mais par la Parole de Dieu. Si l’on perd cela de vue, c’est la fin de tout christianisme pratique dans la vie commerciale.

Un fabricant chrétien ne pourrait pas plus songer à mettre du carton dans les chaussures et à les vendre comme entièrement en cuir, qu’il ne pourrait songer à se servir dans la poche de quelqu’un. Si c’est en effet l’habitude de mettre du carton dans les chaussures — si tout le monde le fait et que tout le monde le sait, alors il n’y a pas de tromperie en la matière. Mais si je vends une paire de chaussure comme entièrement en cuir, alors que je sais qu’elles sont faites de cuir et de carton, alors je suis un menteur et un voleur. Je suis moralement pire qu’un brigand de grand chemin, dans la mesure où il confesse ouvertement ce qu’il est, ce qu’il fait et ce qu’il veut. Quelqu’un qui frelate ses marchandises est coupable de la pire malhonnêteté.

Supposez quelqu’un qui n’est pas fabricant, mais vendeur dans un magasin ou une boutique. Que doit-il faire ? Il ne frelate pas, il vend simplement. Est-il malhonnête ? Est-il infidèle en vendant des biens frelatés ? Sans aucun doute, s’il les vend comme authentiques. Comment un véritable chrétien — un homme réellement honnête — pourrait-il déclarer authentique un article, quand il sait qu’il ne l’est pas ? Nous souhaitons de tout cœur qu’il y ait plus d’honnêteté, dans la vie commerciale.

Mais il n’en sera pas ainsi dans le monde. Mais qu’est-ce que cela prouve ? Simplement que le monde est infidèle et malhonnête. Si la vérité et la droiture ne peuvent avancer dans le monde, alors que doit être le monde ? Cependant, le chrétien doit être honnête. Son but n’est pas de progresser dans le monde, ou de gagner de l’argent, mais de glorifier Dieu dans sa vie de chaque jour. Peut-il glorifier Dieu en falsifiant des biens et en disant des mensonges ?

Nous sentons l’importance immense, cher ami, du sujet que vous avez placé devant nous. Nous croyons qu’il réclame l’attention sérieuse de tous les chrétiens engagés dans la fabrication et le commerce. Il y a un immense danger à être entraîné hors du chemin de l’intégrité chrétienne et à tomber dans le misérable esprit de convoitise et de compétition si répandu partout. Nous avons à garder à l’esprit que le christianisme est une réalité vivante. C’est la vie divine se manifestant dans tous les détails pratiques de notre histoire quotidienne. Il n’est pas confiné aux bancs de la salle de réunions. Il a bien plus de manières de se montrer et de s’exprimer, que par la prédication, la prière et le chant — tout précieux que soient ceux-ci à leur place. Il doit se manifester à l’usine, à l’entrepôt, dans la boutique, au bureau, dans l’occupation journalière, quelle qu’elle soit. Quelle chose horrible de penser que quelqu’un peut chanter et prier le jour du Seigneur, et le lundi matin, frelater son pain et le vendre comme authentique !

Oh ! soyons honnêtes, quoi qu’il arrive. Marchons dans la crainte de Dieu. Comme le bienheureux apôtre, « exerçons-nous à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ».

Il est vrai que cela peut nous coûter quelque chose. Nous pouvons avoir à souffrir pour l’amour de la justice. Mais qu’est-ce que tout ceci, comparé à la joie profonde de marcher avec Dieu dans ce chemin étroit sur lequel les rayons bénis de l’approbation de Sa face brillent continuellement ? Une bonne conscience n’est-elle pas meilleure que des milliers en or et en argent ? Notre Dieu prendra soin de nous. Il répondra à tous nos vrais besoins selon Ses richesses en gloire par le Christ Jésus. Pourquoi devrions-nous jamais nous adonner aux méprisables « ruses du commerce » afin de faire de l’argent ou gagner notre vie, quand notre Père s’est engagé Lui-même à prendre soin de nous tout le long du chemin ?

Il est très important que le chrétien soit entièrement net et irréprochable dans toutes ses voies. Il ne devrait rien y avoir de douteux dans ses transactions — rien de caché. Nous ne devons pas mettre la main à la moindre chose qui ne supporterait pas l’examen le plus strict. Par conséquent, si cette personne « qui travaille pour une grande entreprise à Londres » fait quelque chose qu’elle ne voudrait pas que l’entreprise sache ; si elle reçoit quoi que ce soit qu’elle voudrait dissimuler à sa connaissance, il est évident qu’elle n’agit pas droitement. Si elle est parfaitement nette dans tout ce qu’elle fait, pourquoi nous envoyer cette question ? Peut-elle accepter avec une bonne conscience le rabais de la part de celui qui lui fournit la chose ? Cela doit-il être appelé « rabais » ou « pot-de-vin » ? « Si ton œil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière ». Et encore : « Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu ». Si la chose est claire de la part de l’entreprise qu’un rabais est accordé, tout est clair et juste ; mais toute manœuvre sournoise est totalement indigne de quelqu’un qui est appelé à marcher dans la lumière de la présence divine.

Ce doit être une question entièrement entre votre âme et le Seigneur. Nous ne devrions rien faire avec une pensée de doute, ni quoi que ce soit sur quoi nous ne pouvons, avec une pleine assurance, demander la bénédiction divine. C’est un grand et large principe moral qui s’applique à tous les chrétiens dans toutes leurs circonstances. Quant au cas particulier que vous avez placé devant nous, nous demandons jusqu’où vous êtes responsable de l’utilisation que font vos clients de l’article en question. Il y a certaines choses dont il n’est pas possible de faire un bon usage, comme par exemple, un livre infidèle ou immoral. De là vient que nous ne pouvons pas vendre un tel livre ; mais nous ne voyons pas de mal à vendre la petite fleur que vous mentionnez. Il est vrai qu’on peut en faire un usage superstitieux, mais il n’en est pas nécessairement ainsi, et il n’en a pas été ainsi jusque dernièrement. Si les personnes dans les affaires devaient être tenues pour responsables de l’utilisation faite de leurs marchandises, les questions seraient sans fin. Toutefois, cher ami, il est de toute importance que nous soyons exercés à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes. Que le Seigneur Lui-même vous enseigne et vous guide ! Qu’Il vous aide à marcher dans Sa présence et à être satisfait avec Lui ! Alors, tout sera bien.

C’est une question pour la conscience individuelle. Il y a une très grande différence entre un marchand de vin et un tenancier de bar, du moins en jugeons-nous ainsi, mais il ne nous appartient pas d’établir des règles pour la conscience des autres. Une chose est certaine, le chemin d’un vrai chrétien est un chemin excessivement étroit.

Nous entrons pleinement dans votre difficulté et sympathisons avec vous. Ce serait pour nous une très sérieuse question, si nous étions occupés à imprimer ou vendre des livres, concernant ce que nous imprimerions ou vendrions. Mais, cher ami, c’est une des nombreuses choses dans lesquelles vous devez marcher devant Dieu avec une conscience pure. Nous ne devrions assurément pas faire quoi que ce soit qui laisse une tache dans l’esprit ou une piqûre à la conscience, mais personne ne peut guider un autre, dans de tels sujets. Le Seigneur est si bon ! Il vous guidera et vous gardera.

Nous sommes d’avis que vous seriez plus heureux comme chrétien et plus prudent comme homme d’affaire, en travaillant à votre affaire actuelle d’après de sains principes, plutôt que de vous lancer dans une chose plus importante telle que vous la décrivez, et qui ne peut être menée à bien qu’avec un système de crédit. Nous sommes pleinement convaincus de la possibilité de mener à bien des affaires sans contracter de dettes, et nous pressons instamment tous nos amis de faire ainsi. Pourquoi quelqu’un dans les affaires ne pourrait-il pas payer ce qu’il achète, comme tout individu particulier ? Il est vrai qu’il peut ne pas couvrir une aussi large surface, mais il aura un fondement plus solide. Son commerce sera peut-être petit, mais il sera sûr, et son esprit sera en paix. « Que votre douceur soit connue de tous les hommes ; le Seigneur est proche » (Phil. 4, 5). Voilà une parole de saison pour les chrétiens, en ce jour de spéculation affairée et d’ambition agitée.

Il y a un urgent besoin, cher ami, de vigilance, de peur que nous ne soyons pris au piège de l’esprit du jour, qui aime l’argent. Le diable cherche à aveugler les yeux des chrétiens professants de diverses manières. Il leur procure un millier de raisons plausibles pour se pousser, s’agripper et s’écorcher l’un l’autre. Il citera même à tort et appliquera mal la Parole de Dieu, pour donner un prétexte de gagner de l’argent à ceux dont les cœurs sont secrètement fixés sur ce but. Mais oh ! le misérable état d’avoir devant le cœur un objet tel que « gagner de l’argent ». Assurément, tel est le but, tel est le caractère. Pensez seulement à un saint de Dieu, un héritier de la gloire, accumulant les misérables richesses de ce monde ! Pensez à cela, en regard de tant parmi le peuple de Dieu qui sont dans le besoin, et en connaissant les besoins de l’œuvre du Seigneur au près et au loin ! Comment pouvons-nous supposer l’existence de la vie de Christ ou de l’amour de Dieu, dans une âme qui peut mettre de côté des centaines, tout en voyant son frère dans le besoin ? C’est impossible. Oh ! que nous ayons un cœur plus large !

Le seul conseil que nous pouvons vous offrir est de vous attendre au Seigneur et de Lui demander de vous guider. Il a dit : « Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi », et « Il ne peut se renier lui-même ». Il se peut qu’Il veuille que vous marchiez laborieusement et patiemment dans votre occupation actuelle. Nous sommes dans une position bien plus sûre, moralement, quand notre travail est la charge dans notre dos et non pas l’idole de notre cœur.

Une grande objection aux syndicats est qu’ils introduisent une tierce partie entre le maître et le serviteur, que la Parole de Dieu ne reconnaît nulle part. Un maître peut renvoyer son serviteur, ou le serviteur peut quitter son maître, s’il y est enclin ; mais que quelque corps d’hommes tente d’interférer et de régler les conditions entre le maître et le serviteur, c’est une chose complètement opposée à l’enseignement de l’Écriture sainte.

De plus, le maître chrétien est enseigné dans l’Écriture à « accorder à ses serviteurs ce qui est juste et équitable » ; mais le syndicat interfère avec cela et insiste pour donner le même salaire à un ouvrier paresseux et incompétent et à celui qui vaut en réalité quatre fois plus. Enfin, rejoindre une union ou quelque autre club, pour un chrétien, c’est se mettre sous un joug mal assorti avec les incrédules.

Nous considérons un syndicat comme une interférence tout à fait injustifiable avec les droits de la conscience individuelle. Il usurpe une autorité sans l’ombre d’un fondement scripturaire. La Parole de Dieu met chacun à sa juste place, et lui enseigne comment s’y comporter. Si le maître et les employés voulaient seulement écouter ses saints enseignements, il n’y aurait pas besoin de syndicats. Mais malheureusement, ils ne le font pas, et sans doute que dans bien des cas, les maîtres n’ont pas été aussi bons, généreux ou bienveillants, qu’ils auraient dû l’être, et les employés se sont montrés rebelles. Ou — car il y a deux côtés à toute question — les employés se sont montrés paresseux et peu scrupuleux, et les maîtres sont devenus sévères et exigeants. Mais le chrétien, qu’il soit maître ou employé, doit marcher avec Dieu et être dirigé par Sa Parole, et non par les exigences d’un syndicat.