Un esprit d’amour et de grâce

(Traduit de l’anglais)
C.H. Mackintosh

[Courts articles 96]

Romains 14, 22, avec tout le contexte, nous enseigne la nécessité de marcher avec délicatesse vis-à-vis de la conscience de nos frères. Un homme peut avoir la foi pour certaines choses, une parfaite liberté dans son propre esprit, que ce soit pour ce qui regarde des jours ou la nourriture ou bien d’autres choses mineures, mais sa foi ou sa liberté ne doivent pas le conduire à agir de manière à faire broncher son frère faible. C’est l’esprit et l’enseignement de tout ce beau chapitre — cet aimable résumé de la morale chrétienne. Bien entendu, si on tentait d’imposer de manger des herbes, de s’abstenir des viandes ou d’observer des jours, comme un joug sur le cou des disciples, ce serait notre devoir d’y résister avec une fermeté sans compromis.

Votre très aimable lettre chrétienne vient à propos, et nous désirons vous remercier sincèrement pour l’esprit de grâce dans lequel vous l’avez écrite. Que tous ceux qui se sentent contraints dans leur conscience, d’avoir une pensée différente de la nôtre, soient conduits à écrire avec un esprit et un ton semblables !

Concernant votre première question, il serait bon de demander aux personnes qui utilisent le langage dont vous parlez, ce qu’elles entendent par là. Il est assurément possible d’être occupé de simple doctrine en dehors de Christ, mais nous craignons grandement cet esprit qui cherche à trouver en faute, qui conduit les gens à trouver à redire à tout et envers tout le monde hormis eux-mêmes. Si nous priions davantage et parlions moins, nous pourrions être le moyen de faire un peu de bien, en notre jour et en notre génération. Nous constatons généralement que la génération qui critique tout et coupe les cheveux en quatre, n’est pas la plus irréprochable dans sa marche personnelle. Ceux qui parlent le plus fort sont en général ceux qui ont la marche la plus basse.

1 Corinthiens 8, 10 et 11 nous enseigne la vérité solennelle que si, par un mauvais usage de notre liberté, nous encourageons un frère faible à agir contre sa conscience, nous, pour ce qui nous concerne, le faisons périr en détruisant l’action de sa conscience envers Dieu. Il est de la plus grande importance de permettre à l’Écriture d’avoir sa pleine action sur l’âme, et de ne pas émousser son tranchant par les dogmes de la théologie systématique. C’est une bonne chose d’ouvrir toutes les chambres du cœur et de faire en sorte qu’elles soient ventilées par l’air pur de l’Écriture. Nous trouvons constamment la théologie agissant comme une barrière pour intercepter les rayons de la lumière céleste et les empêcher d’illuminer l’âme. La même autorité qui dit : « Mes brebis ne périront jamais », nous met en garde contre le fait de faire périr un frère faible par un usage peu charitable et complaisant pour nous-mêmes de notre liberté. Ce sera notre sagesse, comme c’est très certainement pour notre sécurité morale, de prêter l’oreille à l’un aussi bien qu’à l’autre.

Matthieu 18, 23 à 35 ne se rapporte pas à la question de « la vie éternelle ». Son application première est pour les Juifs, et leur manière de traiter les Gentils. En dépit de la miséricorde abondante que Dieu a montrée au Juif, il ne veut pas prêter l’oreille à l’idée de miséricorde envers le Gentil. La conséquence est que, comme le déclare l’apôtre, « la colère est venue sur eux au dernier terme » (1 Thess. 2, 16, voyez tout le contexte). La nation apostate ne sera jamais pardonnée. Un résidu sera sauvé par grâce et deviendra le noyau de la nation restaurée.

Sans doute, nous qui nous professons chrétiens devons apprendre une leçon très importante de ce passage — la nécessité urgente de cultiver un esprit de pardon. Si nous manquons d’agir en grâce, nous sommes en danger de perdre le sentiment de la grâce dans notre propre âme. Combien c’est affreux, pour quelqu’un à qui tous ses péchés ont été pardonnés, de traîner un compagnon de péché devant le tribunal en raison d’un peu d’argent ! Notons tout particulièrement les derniers mots de notre Seigneur : « Ainsi aussi mon Père céleste vous fera, si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur, chacun à son frère ». Cela caractérise l’application de tout le passage aux actes de gouvernement de notre Père envers nous, jour après jour.

C’est une chose affreuse, pour quelqu’un qui se proclame chrétien, d’entretenir un esprit sans pardon. Nous ne voyons pas comment il est possible, pour une telle personne, d’avoir un véritable sentiment de la grâce ou quelque communion avec Dieu ; et nous ne devons pas non plus nous étonner de découvrir qu’elle est livrée aux plus grands tourments, comme expression du jugement de Dieu sur un mauvais état de cœur. Cher ami, que nous cultivions toujours un esprit d’amour, de sympathie, de tendresse, de pardon. Nous pouvons bien être assurés que notre Dieu se complait en cela. Dieu aime celui qui donne joyeusement et celui qui pardonne franchement, parce que c’est précisément ce qu’Il est Lui-même, béni soit à jamais Son nom !